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Compte rendu du voyage à Sofia en Bulgarie

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-1- Introduction

Du 1er au 4 mars 2001, la Bulgarie organisait pour la deuxième fois l'Internet Fiesta. Comme l'année dernière, un salon et une conférence se sont déroulés à Sofia. Ce fut également l'occasion d'organiser une rencontre entre les principaux leaders des partis politiques bulgares et les conférenciers internationaux en vue des élections législatives prévues pour juin 2001. Il s'agissait de sensibiliser la classe politique à l'importance de favoriser le développement de l'Internet.

-2- Conférence Internet Fiesta

La conférence intitulée "Internet au XXIème siècle" s'est déroulé les 1er et 2 mars 2001 au palais de la culture (NDK) qui sert aujourd'hui plutôt de centre commercial et de centre de conférences et de salons. Le président de la république de Bulgarie à montré son intérêt pour l'Internet en inaugurant en personne la conférence. Une vingtaine de conférence ont été présenté par des bulgares et des conférenciers internationaux. Nous avons assisté à peu de ces conférences car les speakers internationaux ont été très sollicités pour crédibiliser les actions du chapitre bulgare de l'Internet Society auprès des leaders politiques à quelques mois des élections législatives qui doivent se dérouler en juin. La conférence de Y J Park sur les noms internationaux et celle de Rosa Delgado sur le fonctionnement du nom de domaine de premier niveau .aero ont cependant été décrites dans la suite de ce document.

-3- La Bulgarie

La Bulgarie est un pays mal connu. Logée entre la Turquie, la Roumanie et l'ex-Yougoslavie, elle devient cependant une destination touristique très prisée grâce à ses stations sur la mer noire.

Le pays a fixé sa fête nationale en novembre et une fête internationale le 3 mars. Lors de cette fête, ainsi que dans tous les établissements officiels, un drapeau européen est associé à chaque drapeau Bulgare, rappelant son statut de candidat officiel à l'adhésion à l'Union Européenne. Le pays semble divisé entre Sofia qui ressemble de plus en plus à n'importe quelle capitale occidentale et le reste du pays beaucoup plus rural. Les cérémonies du 3 mars ont montré un pays à mi-chemin entre l'ancien bloc soviétique dont il a souvent été considéré comme le "bon élève" (la marche au pas de l'oie des soldats donne un aspect très strict) et les pays occidentaux (à la fin de la revue militaire, le président enjambe les barrières de sécurité pour un bain de foule).

Nous avons reçu chacun un double pompon rouge et blanc à attacher à la boutonnière. Il s'agit d'une véritable institution dans le pays où chacun à partir du 3 mars arbore ce signe bicolore décliné sous des formes multiples. Le rouge symbolise la santé et le blanc l'énergie. Aux premières feuilles sur les arbres, chacun retire ses pompons pour les accrocher sur les branches des arbres pour fêter le retour du printemps.

Le français est resté très présent pour les personnes d'un certain âge, même si les jeunes parlent plus facilement l'anglais. Quelques mots (en phonétique) pour survivre à Sofia : Salut se dit "Zdravei !" (les bons matins, bon après midi et bonne soirées sont singulièrement plus complexes). A la votre se dit "Nazdrave" comme en russe et Merci se dit ... "Merci". Bien qu'il existe un mot en Bulgare, c'est plus souvent le mot français qui est utilisé.

-4- Rencontre avec les leaders politiques

Il y a 18 mois, le gouvernement avait prévu d'imposer des licences aux fournisseurs d'accès en Bulgarie afin de mieux les contrôler. Après plusieurs mois de tractations avec le Chapitre Bulgare de l'Internet Society, il fut finalement décidé d'annuler cette décision. Après des échanges parfois difficiles, L'Internet fut finalement vu plus comme une opportunité que comme une menace. Le président de la république Bulgare est même maintenant membre à titre individuel du chapitre Bulgare de l'Internet Society.

Les prochaines élection législatives ayant lieu en juin 2001, l'Internet est devenu un enjeu. Chaque parti a pris position et affirme aujourd'hui soutenir l'Internet, en particulier dans les écoles qui sont vues comme une priorité absolue. Il existe 5 partis en Bulgarie. Nous n'avons pu rencontré le parti de la minorité Turque, le responsable de la communication n'étant jamais joignable sur son portable. Les autres partis nous ont reçu à un haut niveau. Une délégation composée de Georges Sadowsky (américain, membre du board of Trustee de l'ISOC et vice président pour la formation), de Rosa Delgado (péruvienne, également du board of trustees de l'ISOC et directrice des relations Internet au SITA, organisation sur le transport aérien détentrice du tout nouveau .aero) et de moi-même, accompagnés par Veni Markowski, président du chapitre bulgare de l'Internet Society et de plusieurs représentants de l'industrie Bulgare (IBM, Hewlett Packard).

L'objectif de ces rencontres était de faire le point sur l'approche Internet des candidats et de les sensibiliser aux facteurs qui favorisent le développement de l'Internet dans les pays.

Le parti parti de l'union démocratique actuellement au pouvoir

Nous avons d'abord été reçu par Aleko Konstantinov, vice-ministre des transports et de la communication et par Ivan Taushanov, président de la State Telecommunications Commission, l'agence de régulation des télécommunications. Ils représentaient le parti au pouvoir. L'analyse de ces deux personnes semble très divergente. Si le vice ministre considère que la seule chose nécessaire et d'avoir de l'argent et qu'un Internet entièrement en anglais ne lui poserait aucun problème, le président de l'agence de régulation des télécommunications considère que la priorité n'est pas seulement la régulation mais aussi de favoriser l'apprentissage par programme dans les écoles commençant en priorité par les grandes classes.

Du coté de la régulation, il considère que l'autorégulation est la meilleure des régulations et que l'ISOC devrait définir les règles qu'ils pourraient suivre. Enfin les infrastructures sont assez hétérogènes avec des lignes internationales numérisées à 100% et des lignes locales à 14 % (70% pour les lignes longues distances). Un comité de coordination sur la société de l'information a été mis en place qui rassemble les vice ministres de chaque ministère. Une autre délégation avait été reçue le matin même par le premier ministre.

Euroleft, les socio démocrates

Le parti Euroleft représentent les socio-démocrates pro européens. Nous avons été reçu par Alexander Tomov, député et par Yulian Georgiew, secrétaire général du parti. Eux aussi proposent de mettre des PC à l'école pour former les élèves, mais en commençant par les petites classes (à l'exception des université qui seraient équipées immédiatement). Du temps du COMECOM, la Bulgarie était le premier pays de l'est pour le développement logiciel. Aujourd'hui une majorité de personnes de très haut niveau ont quitté le pays, attiré par les salaires américains (pour information, ce problème se retrouve partout puisque 20% de la Silicon Valley est française...). Le parti Euroleft souhaite ouvrir plus largement le pays pour attirer des experts logiciels.

Mais il faut aussi être conscient que le fossé numérique n'est pas que entre les pays émergents et les pays développés, mais également entre Sofia et le reste du pays : 65 % de la population est pauvre et 5% seulement possède un ordinateur. Les technologies de l'information ne doivent pas être réservées qu'aux leaders.

Le parti socialiste

Le parti socialiste rassemble les anciens communistes. C'est le plus grand parti d'opposition. L'accueil par Georgi Parpanov, est plus formel et une traductrice simultanée rendent les échanges plus comme une suite de monologue (le vice ministre utilisait également les services d'un traducteur alors que les deux autres partis ont débattus avec nous directement en anglais). Après le café ou le thé bulgare offert par les autres partis, les anciens communistes nous ont offert une grenadine d'un beau rouge vif :-).

Ils nous ont expliqué que le consensus des différents partis quant à l'importance de l'Internet pour le développement de la Bulgarie est sans précédant. C'est devenu un enjeu majeur de la campagne et tout le monde pousse l'Internet dans les écoles comme la première priorité pour permettre à la Bulgarie de s'insérer dans les échanges internationaux. Les socialistes ne font pas exception et l'ont inclus dans leur programme depuis plusieurs mois. A la question de Georges Sadowsky sur la place prévue pour l'état pour le secteur privé, la réponse fut que cela n'avait pas encore été défini. Des difficultés ont été identifiées par les socialistes pour le développement de e-commerce : les cartes de crédit ne sont pas développées et les infrastructures postales sont de très bas niveau ce qui rend les livraisons difficiles. Les membres du parti socialiste semblent très intéressés par une expérience conduite au Brésil d'ordinateurs à très bas prix pour la population (Special Program of Computarization of the Population)

Saint Georges Day party

Imaginez que les auteurs des guignols de l'info créent leur parti politique. Vous en rêvez ? La Bulgarie l'a fait ! Le parti "Saint Georges Day" a été créé en 1997 par des acteurs des médias, certain célèbres. Peter Kurumbashev, actuel trésorier et "gardien du cachet" du parti était le producteur d'un show télévisé présentant une satire politique et appelé "coucou". Le jour où ils ont diffusé sur le ton de la blague qu'une des centrales nucléaires venait d'exploser, ils se sont retrouvé traînés devant les tribunaux.

Aujourd'hui, le parti a conservé ce ton satirique qui plaît aux jeunes de Sofia (40% des votants ayant entre 18 et 29 ans et 45% des votants habitant Sofia, il s'agit d'une cible très prisée). En arrivant au siège du parti, un écriteau indique : "500m à gauche la prison, 700m à droite l'asile, ici le partie Saint Georges Day Ne vous trompez pas de porte"... le comité d'accueil comprenait entre autres le président du parti, Orlin Tchotchov et ... l'avocat du parti Marina Abrashev.

Quelques exemples des affiches pour inciter au changement qui décorent la salle de réunion :

  • Un homme de dos au postérieur rebondi avec devant une main tenant une épingle à nourrice ouverte avec la légende : "faites le !"
  • Un homme nu avec un masque à gaz sur la tête : "aérez tout çà !"
  • et avec plus de subtilité : un triptyque type icône présente à gauche Saint Georges terrassant le dragon, à droite Saint Georges mangé par le dragon et au milieu Saint Georges utilisant le dragon pour tirer sa charrue. La légende dit "Sur les trois solutions, deux sont évidentes et une est intelligente, laquelle ?"

Le parti SGD (Saint Georges Day) semble maîtriser parfaitement la communication et veut apporter l'information au peuple dans le langage courant. Les responsables expliquent "Les personnes au sein du SGD disposent d'une arme particulièrement dangereuse (la communication). Comment vous, membres de l'Internet Society voulez vous utiliser cette arme ?". Et de fait le Saint Georges a été le seul parti à prendre très clairement position contre les licences pour les fournisseurs d'accès Internet.

Il s'agit cependant d'un tout petit parti, le dernier né. Il dispose de 39 sièges au parlement et de 3,8% d'intention de vote, très proche des 4% qui lui permettraient de participer aux élections. S'ils ne les atteignent pas, il s'allieront avec un autre parti pour endosser les dossiers nouvelles technologies, même si on est bien plus populaire lorsque l'on parle d'agriculture et de tourisme. Je leur ai indiqué que si l'agriculture et le tourisme étaient des enjeux majeurs pour le pays, ils pouvaient voir comment les technologies de l'information pouvaient aider à leur développement à l'image de la Finlande qui a su développer une synergie en moins de 20 ans entre son développement technologique et ses activités plus traditionnelles autour des forêts (voir le séminaire "Forêts et Société de l'Information" organisé à Rovaniemi en février 2001).

Un des soucis du SGD est la fuite des cerveaux. Au cours des 10 dernières années, 800000 personnes hautement qualifiées ont quitté le pays. Ils souhaitent attirer denouveaux les meilleurs avec comme slogan "La Bulgarie, un bon endroit pour revenir". Ils prévoient des mesures incitatives pour attirer les meilleurs experts dans le pays en considérant que lorsqu'il y a un problème, la meilleure solution est toujours de se joindre au jeu (chercher à attirer à leur tour les meilleurs) plutôt que de se battre contre (empêcher la sortie des cerveaux du pays).

-5- Le nom de domaine .aero

Rosa Delgado, membre du SITA et du Board of Trustees de l'Internet Society a présenté le nom de domaine .aero.

Celui-ci fait parti des 7 nouveaux noms de domaines génériques de premier niveau (Generic Top Level Domain Names, GTLD) qui ont été attribués en novembre 2000 par l'Icann qui gère les noms de domaine. La SITA a reçu la responsabilité de la gestion du GTLD .aero après que le départment of commerce americain ait ratifié la décision de l'Icann en février 2001...

L'un des points forts du .aero est qu'il concerne une communauté fermée (contrairement au .com par exemple) qui rassemble les aéroports, les compagnies aériennes, l'aérospace et l'aviation civile. Le registry pour les noms en .aero devrait être mis en place dès le troisième trimestre de l'année 2001.

Une des particularités du point aéro est qu'il définit également une structure pour les noms de domaine de 3ème et de 4ème niveau permettant de faciliter les recherches automatiques. Nous devrions donc voir apparaître des lost-baggage.orly.aero ou des af1723.aero. Les vols ne seront pas les seuls à disposer e leur nom de domaine. Les avions eux mêmes auront un nom du type avion.airfrance.aero. Cette approche très ciblée est possible grâce à la grande structuration internationale de l'industrie aéronautique mondiale.

-6- Noms internationaux

Y J Park, Deputy CEO du Multilingual Internet Names Consortium (MINC) a présenté les travaux sur les Noms Internet Internationaux. Il ne s'agit pas simplement de noms de domaines mais de tous les aspects d'internationalisation des noms. Ainsi elle explique qu'il y a eu plusieurs étapes :

  1. Les navigateurs Web multilingue existent (les menus et fonctions sont accessibles dans une langue donnée)
  2. Les contenus multilingues sont également possibles (les contenus des Webs peuvent s'afficher dans différentes langues)
  3. Les noms de domaines internationaux sont la nouvelle étape (les URLs peuvent être inscrits dans divers jeux de caractères)
  4. Les mots clés multilingues seront ensuite la prochaine étape.

Pour démontrer l'utilité de noms de domaines multilingues, mademoiselle Park a expliqué que si l'Internet avait été inventé en Thaïlande, les noms seraient écrits principalement en Thaïlandais. Elle présente alors un URL en caractères Thaïlandais expliquant que lorsque l'on ne connaît pas la langue, un tel URL n'est ni facile à mémorisé ni aisé à reproduire sur un clavier. De même, tout le monde sur la planète n'est pas familier avec l'alphabet latin utilisé de façon exclusif (sans les accents) pour les noms de domaine sur Internet. Elle a d'autant plus convaincu que son auditoire, à majorité bulgare, utilise un jeu de caractère non latin, très proche du Cyrillique (à quelques caractères prêts).

les travaux sur les noms de domaines internationaux ont d'abord été conduits entre 1994 et 1998 au sein du "Asian Pacific Networking Group" (APNG). En mars 1998 une première proposition de noms de domaines multilingues a été faite, basé sur le jeu de caractères UTF-5 qui permet de coder les caractères avec une taille plus ou moins grande. Mais cette proposition était insuffisante mais à démontré que des noms de domaine multilingues étaient possibles.

Un grand nombre de technologies et de fournisseurs ont alors émergés, mais les noms de domaine multilingues ressemblaient de plus en plus à une tour de Babel avec un danger de balkanisation de l'Internet (le terme est peut être peu approprié pour une conférence en Bulgarie...). L'objectif des noms de domaine Internationaux est en fait double :

  • Permettre à chacun de taper un URL dans le jeu de caractères qu'il souhaite
  • Garantir l'interopérabilité pour rendre tous les noms de domaines accessibles de partout, tout le temps pour tout le monde (par exemple un nom chinois pour un arabe, ou un nom tamoul pour un membre de la diaspora situé quelque part sur la planète)

Plusieurs étapes se sont déroulées l'année dernière :

  • 22 janvier 2000 : Mise en place de la coordination de Pékin
  • 19 février 2000 : Mise en place de la coordination de Tokyo
  • 28 février 2000 : Réunion à Séoul
  • 12 juin 2000 : Naissance du Multilingual Internet Names Consortium à Séoul (MINC) avec ensuite une réunion tous les un ou deux mois.
  • Juin 2000 : L'Icann à sa réunion de Yokohama considère que "l'ASCII est la langue de l'Internet" (jeux de caractères non accentués)
  • Novembre 2000 : L'icann lors de sa réunion de Marina del Rey fait marche arrière et invite une réunion sur l'internationalisation des noms de domaine. Il est également de décider de s'en remettre à l'IETF (l'institut de standardisation de l'Internet) pour le choix d'une solution technique unifiée
  • Mars 2001 : L'icann se réunit à Melbourne et prévoit de discuter publiquement des noms de domaine internationaux.

MINC prévoit de coordonner les solutions par jeux de caractères qui sont étudiées dans différents organismes spécialisés (CDNC pour le Chinois, INFITT pour le Tamoul, AINC pour l'arabe) de tels organismes se mettent en place pour différentes langues. Mais si MINC compte 19 membres asiatiques et 15 membres africains, les européens et en particulier les français sont particulièrement absent alors que cette langue est particulièrement répartie sur toute la planète. Par ailleurs, MINC a prévu de produire fin avril un livre blanc sur les tests d'interopérabilité des noms de domaine qui permettront que la solution préconisée par l'IETF et mise en œuvre par des opérateurs permette bien un accès à tous les noms de domaines de partout, tout le temps et pour tous. La solution aura un impact sur de nombreux protocoles qui devront être mis à jour (SMTP pour la messagerie, http pour le Web etc...). Une réunion de travail MINC pourrait être organisée en juin à Stockholm durant la réunion Inet 2001.

Des contacts ont été établis avec MINC et avec le groupe IDNS (Internationalized Domain Name Systems de l'IETF) pour que la France ne soit pas à l'écart de ces travaux qui doivent permette un accès multilingue et multiculturel à l'Internet de demain.

Source : http://www.fing.org/index.php?num=1926,3

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Jean-Michel Cornu - 6 mars 2001